La biodiversité : mieux connaître et mieux comprendre pour mieux gérer

Par Alain Pavé

Fin des années 1980 apparaît le néologisme « biodiversité », contraction de l’expression diversité biologique. Ce terme est « sanctifié » lors de la conférence de Rio en 1992 suite aux négociations de la convention sur la diversité biologique (CDB) en rappelant que le débat concernait d’abord le « juste retour » des bénéfices aux divers acteurs concernés par sa valorisation.

En fait, tout au long de leur histoire les humains ont été confrontés avec cette diversité, terme nouveau mais réalité ancienne. De même la volonté de mieux connaître est ancestrale, ainsi Aristote proposa-t-il une catégorisation des êtres vivants, mais sans réelle organisation, avec un a priori fixiste et finaliste, position dominante jusqu’à la fin du XVIIIe et encore discrètement présente. La prise de conscience du mouvement et du changement permanent, va conduire à la pensée actuelle sur la biodiversité avec notamment ses inquiétudes. En effet, les humains entretiennent de multiples relations avec les autres êtres vivants de la biosphère, dont certaines sont vitales, comme celles nécessaires à la respiration ou à l’alimentation. Avec la pression anthropique croissante la question est : comment harmoniser ces relations pour qu’elles soient globalement positives au moins non négatives, encore moins catastrophiques ?

Le développement des sociétés humaines avec leurs composantes technologiques, au sens large des moyens d’action, matériels ou non, s’appuie sur la connaissance des entités en causes, la compréhension de leurs dynamiques et des « moteurs du mouvement ». Le vivant, comparé au monde de la « matière minérale », où le mouvement est principalement régulier, exhibe des comportements souvent erratiques, chaotiques, qualifiés d’aléatoires de façon générique au point que « la variation est l’invariant ». Diversité des entités, multiplicité des interactions, échelles très différentes, du microbe à la biosphère, niveaux d’organisation emboités, etc., la complexité de la situation explique les difficultés des travaux sur les « systèmes vivants » et incite à l’humilité. Ce que nous avons appris depuis deux siècles est déjà colossal. Or, parmi d’autres, à propos de la biodiversité, du gène à la biosphère, des faiblesses méthodologiques persistent, parfois simplement logiques, conduisant à des résultats peu fiables, parfois annoncés de façon péremptoire. Le spectaculaire peut l’emporter sur le rationnel, voire sur le simplement raisonnable. Les médias en rajoutent à la mesure du nombre trop faible de journalistes scientifiques. Au bout du compte, l’idéologique se substitue à la logique et le terme biodiversité s’use, comme toute entité, trop utilisée et perd de son sens. Or, les problèmes subsistent, Il est alors urgent de renforcer les recherches scientifiques, notamment méthodologiques, d’accepter la critique, pour renforcer nos connaissances et notre compréhension du sujet afin d’améliorer la gestion de cette biodiversité tout en calmant le tintamarre médiatique.

Alain Pavé est professeur émérite à l’université Claude Bernard Lyon 1 (Laboratoire de biométrie et de biologie évolutive, UMR 5558 CNRS), ancien directeur du programme Environnement, vie et société et du programme Amazonie du CNRS, membre de l’Académie des technologies et membre correspondant de l’Académie d’agriculture de France.

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